Géographies

 

 

 

 

 

 

Le Paris secrets des cours planquées. Nouvel appareil argentique, amour infini.

 

 

 

 

J’habite à la frontière entre trois arrondissements.

Au nord, le 18ème : Crimée, le 104, la Chapelle et le marché de l’Olive.
À l’est, le 19ème : le doux canal de l’Ourcq, la terrasse du Paname Brewing, le Mk2, Pantin et les Buttes Chaumont.
Au sud, le 10ème : la Gare de l’Est, la Gare du Nord, le faubourg et le canal Saint-Martin.

J’écris sur mon courier : 75010. C’est chic. Je me sens tellement parisienne.
5 petits chiffres.
Comme un label, celui d’une ambiance, d’un quartier, d’un village. Parce que mon Paris est un village.

Par la fenêtre, le cliquetis du métro aérien.
Ballet gracile et mélodie métallique que j’accueille comme une poésie.
La 2.
Juste la 2. Un code.
Et cet horrible carrefour, trop bruyant, trop encombré, trop gris et pollué.
Que je déteste.

Les beaux jours sont là.
Je réaménage les balcons.
L’air est doux.
La peau se dévoile.
La terre sent bon et se coince sous mes ongles.
Je m’installe au soleil pour lire, le papier recyclé rape sous mes doigts.

Dans la cage d’escalier la chaleur semble prisonnière.
L’air à cette odeur de chaleur poussiéreuse, coincée sous le velux du dernier étage.
Le parquet de l’appartement est chaud sous mes pieds froids. Il craque.
La chambre sent bon le bois ancien mélangé au parfum de nos corps.
L’odeur significative de la maison.
Celle qui apaise.
Celle qui rassure.

J’ai du mal à apprivoiser ces géographies.
Elles n’ont pas le charme de mon 11ème arrondissement.
J’aime la rue Chaudron et ses pavés.
Elle me rappelle le Paris d’antan.
Je la dévale, je la gravis, à pieds, ou en vélo.
Le vélo secoue mon corps.
Les pavés courbent mes pieds sous la fine semelle de mes sandales.
La rue Chaudron à le charme du Paris que j’aime.

Rue du Faubourg Saint-Martin, le bitume à l’odeur de l’été.
Ce macadam sale et surchauffé.
L’odeur du kebab, succède à celle du bar à chicha qui succède à celle de la boulangerie.
Mes pieds ré-apprivoisent cette sensation étrange de marcher presque nus sur le sol dur.
Mes jambes accueillent avec joie leur délivrance annuelle sous ma longue jupe bleu marine dont la douceur du tissu ravi mon épiderme.
Le cliquetis du métro aérien de la 2. Encore.

Je crois qu’il faut 3 ans pour apprivoiser Paris.
En tout cas c’est le temps qu’il m’a fallut pour en dévoiler la carte. Les chemins. Les accès.
Tendres géographies.
Parfois encore, je me perds, trompée par une rue ressemblant à une autre.
Quoi de plus ressemblant qu’un immeuble haussmannien à un autre immeuble haussmannien?
Il reste des chemins de traverse jamais empruntés car jamais vraiment sur mes trajets.
Une certaine idée de la nouveauté subsiste en les empruntant.

Paris à vélo est le summum de la possession de cette ville.
Sur mon vélo, la ville m’appartient, je la dompte, je la maitrise.
J’en fait ce que je veux.
Je connais tout d’elle.
L’air est doux, le vent frôle ma peau, la ville est dorée sous les derniers rayons du soleil.
La liberté est immense.

Le vélo est une vraie jubilation.

La ville devrait appartenir au vélo.
Il n’y a que des avantages au vélo.
( Vraiment, faites du vélo. )

Quand j’y réfléchis je me rend compte combien mon monde est fait de sensations simples auxquelles j’accorde une place prépondérante.
Je semble souvent réfléchir à des choses inutiles, comme l’odeur de l’air, la douceur d’un tissu, la sensation du vent sur la peau, la géographie d’une ville, les chemins empruntés, ceux non empruntés.
Ce sont de vieilles obsessions sur lesquelles j’ai toujours peiné à mettre un mot, une raison, une explication.
Ce sont de vieilles émotions aux quelles j’ai toujours peiné à donner un sens et une importance.
On ne parle pas de ces choses là.
Pourtant elles habitent mon esprit.

J’y arrive désormais.
J’arrive à accepter cette sorte de non conformité de mon regard et de ma pensée, sensible à cet ultra-monde.
J’arrive à me dire que mon regard est souvent en biais. Ou biaisé. Sans doute les deux.
Et qu’aussi douloureux que cela soit il en découle sans doute une grande richesse.

Les mots me manquent.
Il y a de l’importance à raconter la simplicité des choses.
C’est comme toucher du doigts l’indicible de ce monde.

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