De la remise en question créative

            

Depuis le début d’année j’ai pris plusieurs résolutions à l’échelle globale de ma vie, manger mieux, consommer mieux, me déconnecter des réseaux sociaux, gérer mon stress et surtout et avant tout : prendre soin de moi et m’accorder du temps pour créer, réfléchir et souffler.

Ces deux résolutions sous entendaient une certaine réorganisation de ma vie et de mon travail avec en ligne de mire l’idée de ne plus me laisser submerger par les projets comme ce fut le cas l’an dernier. Il me fallait réapprendre à m’accorder du temps d’inspiration, d’évasion et de réflexion, nécessaire à ma créativité et à l’évolution de ma pratique que je sens stagner depuis plusieurs mois. Il me fallait reprendre le contrôle de mon travail et me remettre en cause profondément en me posant les questions suivantes : Qu’est ce que je veux vraiment? Qu’est ce qui me plait vraiment? Où ai-je envie d’arriver dans ma pratique créative? Comment orienter mes projets vers des domaines et des styles qui me ressemblent vraiment? Comment ne pas me laisser dériver vers ce qu’on attend de moi et qui m’éloigne de mes objectifs?

Premier constat : le design graphique me manque.

Je crois que je suis fondamentalement une designer. Je réfléchis et je conçois mes images comme un designer. J’aime la forme, brute, pure, la lettre et les contrastes, la couleur, et par dessus tout j’aime mélanger tous ces éléments pour répondre à un challenge. J’aime le défi que sous entend un brief créatif de la part d’un client. J’ai étudié plusieurs années dans cette direction et le graphisme restera sans nul doute mon premier amour que j’ai parfois l’impression de perdre de vue avec mes  nombreuses commandes d’illustration.

Je ne suis jamais vraiment considérée comme illustratrice. Je crois qu’on m’a plus donné ce statut qu’autre chose. J’aime l’illustration, parce que j’aime savoir tout faire, mais je n’ai pas étudié l’illustration et je ne me sens pas légitime dans ce domaine. Je n’ai pas eu le temps de faire évoluer ma pratique et de tester différents médiums. Tout est allé si vite que certaines évidences se sont imposées à moi.

Depuis plusieurs mois, je me sens enfermée dans ma pratique de l’illustration. J’ai l’impression de toujours faire la même chose, dans le même style, et je crois que ce n’est pas pour moi. On attend de moi quelque chose de bien précis que je ne veux plus faire. Je ne ressens plus dans l’illustration cette notion de défi toujours nouveau que pose une commande de design graphique. J’aime tester, expérimenter, rechercher. Je m’ennuie vite. Très vite. Je n’arrive plus à me cantonner à un style illustratif à décliner dans différents axes narratifs.

Alors, j’ai décidé de prendre des risques. Oser dire non à certains projets, ne plus accepter de travail plus que de raison, privilégier les projets qui me permettront de transcender ma pratique, tester de nouvelles techniques, procédés et supports et m’accorder une journée par semaine de production personnelle.

Et comme il faut croire que parfois les astres s’alignent, plusieurs projets correspondant parfaitement avec mes ambitions me sont tombés dessus en ce début d’année. Du design graphique, du pur design graphique.

Et puis, comme les astres sont vraiment bien alignés en ce début d’année, j’arrive comme prévu à m’accorder du temps d’errance visuelle, qui me permet de produire régulièrement des images plus personnelle, plus proches de ce que j’aimerais vraiment faire : quelque chose de moins illustratif, plus de l’ordre du motif et de l’abstraction.

Pour aller plus loin encore dans le sondage de mes envies, je sais que j’ai envie de matière, de volume et de peinture. L’idée de peindre des grands formats me trotte dans la tête depuis longtemps. Des toiles, énormes, abstraites et végétales à la fois, colorées. L’idée aussi de reprendre la céramique, d’apprendre le tour et de réaliser une vraie collection de vaisselle, approfondir un travail autour du motif et de l’émaillage. Moins facile à faire qu’à dire. En tout cas, j’ai ce sentiment d’avoir bouclé une boucle, de revenir à une période de friche créative comme à mes tout débuts de freelance, volontairement cette fois-ci et avec la maturité et le recul en plus.

Bref. Tout reste à faire.

 

                    

 

 

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  • Joli post et c’est marrant (je sais pas si c’est le mot) je suis dans le même cas.
    à remettre tout en question depuis ce début d’année, et me poser la question aussi de savoir ce que je veux vraiment, et c’est vraiment pas évident, j’aime faire des choses tellement variés.
    j’adore mon travail mais parfois les commandes sont tellement éloignées de ce qu’on veut vraiment qu’on se perd soi même créativement parlant.
    J’aimerais aussi que les clients prennent plus de risques et n’appelle pas à la dernière minute pour des projets qui demanderaient plus de temps 🙂 (je sais je suis dans l’utopie).

    Merci pour cet article 🙂

    • Je parlais récemment avec un agent qui me disait qu’il y a plusieurs phases dans la vie d’un créatif indépendant. La première : tu as beaucoup de temps libre pour faire ce qu’il te plait, tu as peu de projets, peu de sous, mais tu es créativement épanoui. La seconde : tu acquiers une petite renommée qui fait qu’on te propose beaucoup de projets, on vient te chercher pour ce que tu sais faire, tu as des sous ( enfin ce point là reste relatif ) mais tu n’as plus le temps de te remettre en question créativement et de tester de nouvelles choses. On attend de toi quelque chose de particulier et de défini. Tu deviens moins créatif. Et une troisième phase : tu as un peu de sous de côté, tu as gagné en confiance, alors tu décides de remettre ton travail de commande en question, de t’accorder du temps pour créer pour toi et développer de nouveaux projets personnels qui te plaisent réellement afin de relancer la machine comme au début. Sans nul doutes sommes-nous dans cette dernière phase?

  • 🙂 ça fait longtemps que je n’ai pas commenté, mais cette phase me parle !
    Peut-être le cap des 4 ans…. J’ai commencé le freelance en 2013 et au début je disais oui à tout (pour manger surtout) et j’ai aussi fini par me perdre dans des projets qui ne me ressemblaient pas. Apprendre à dire non et se recentrer sur soi est essentiel surtout dans notre domaine de la création. Créer c’est se renouveler et se questionner constamment.
    Comme toi je m’ennuie très vite, mais j’ai aussi le syndrome de l’inachevé, je déteste recommencer quelque chose… Et je suis vite insatisfaite de ce que j’ai produit. Compliqué ^^’
    C’est une recherche de soi constante et il faut faire le tri… Retourner aux sources quand c’est nécéssaire (et quand c’est possible, il ne faut pas oublier que le but est aussi d’en vivre !)

    En tout cas ces phases de remise en question sont très agréables je trouve, elles nous font évoluer très vite, même si elles sont déroutantes. Quand je suis dans ce genre de phase, je me concentre à fond dessus pour en « profiter » quitte à faire des nuits blanches s’il le faut, pour extérioriser toutes ces idées d’un coup… Et noter pour plus tard.
    Alors je te dis : profite ! 😉

    • Ça me fait plaisir de te voir par ici Marina 🙂

      Je comprends très bien tout ce que tu dis et je partage ton avis !
      Je crois que la capacité à se remettre en question est une qualité fondamentale à avoir en tant que créatif.

      Profites également de ces périodes riches en production 😉

  • Très joli post et magnifiques illustrations/abstraites/motif qui l’accompagne ahah
    Quel médium as tu utilisé pour celles ci ?

    Bonne journée 🙂

    • Réponse un peu tardive de mon côté 🙂
      Quoi qu’il en soit c’est un mélange de dessin numérique avec de vraies textures faites à l’encre et à la peinture.